Journal de la sensibilité

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Interview RH & sensibilité

Interview RH & sensibilité

Mercredi, Juin 3, 2026

"J'ai confiance que chacun trouvera sa place" - Katharina Burkhalter

Katharina Burkhalter, spécialiste RH, a répondu à mes questions concernant mon sujet favori : la sensibilité au travail. 

Comment l'aborder en entreprise ?

Quelles demandes et aménagements sont possibles?

Faut-il parler ou non de sa sensibilité ?

Comment demander un aménagement en parlant le langage de l’entreprise ?

Et quelles sont les limites de ces approches?

Voici un résumé de cet entretien qui offre un éclairage sur ce qui se passe de l'autre côté de vos demandes.

Le parcours de Katharina

Originaire de Lucerne, Katharina a commencé son parcours professionnel dans le tourisme, en partie grâce à une facilité dans l’apprentissage des langues. Plusieurs voies s’offraient à elle pour concrétiser sa vision. Son parcours est passé finalement par l’étude de la psychologie, de la sociologie et du management avant de s’attaquer au développement international des affaires.

Après avoir travaillé à l’UBS comme HR Business Partner, elle se situe aujourd’hui au département des affaires étrangère de la confédération. Son parcours non-linéaire lui donne une vision unique des enjeux humains en entreprise, alliant rigueur professionnelle et sensibilité aux besoins individuels.

Faut-il mentionner la haute sensibilité ?

«Je pense que ça reste un sujet très compliqué, malgré le fait qu'on est conscient qu'elle existe. On n'aime pas trop en parler parce qu'on est très rapidement stigmatisé.» affirme Katharina.

La haute sensibilité reste un sujet délicat et peu compris. Elle n’a pas de base légale et n’est pas forcément pertinente dans ces conversations professionnelles.

Les Ressources humaines vont avoir deux préoccupations : d’un côté la santé financière de l’entreprise et sa productivité, d’un autre côté le bien-être et l’épanouissement des employé-es. Si les deux entrent en conflit, il y a l’impression qu’on doit choisir l’un plutôt que l’autre, qu’on ne peut pas satisfaire tout le monde. C’est pourquoi il est important de parler ce même langage de productivité quand on va voir les RH.

Par exemple : Pour être plus productif, j’aurais besoin de …

Quelles sont les possibilités ?

Est-ce que c’est envisageable ?

Le plus important étant d’amorcer un dialogue et de le garder ouvert même si l’aménagement demandé n’est pas validé. On a entrepris une étape importante vers notre bien-être.

Pour être plus productif, j’aurais besoin de …

Court / moyen / long terme - différentes réponses

Selon Katharina, on peut découper la situation en trois phases temporelles.

Sur le court terme, on souhaite ouvrir la discussion, voir ce qui pourrait être bénéfique pour nous et l’entreprise. Pour cela on peut réfléchir en amont à nos besoins et aux aménagements possibles selon notre contexte unique pour voir si on arrive à alléger la situation.

Sur le moyen terme, on peut voir comment les collègues réagissent. Est-ce qu’il y a un sentiment d’injustice ? Est-ce qu’il y a des ajustements à faire ? Des points à clarifier ?

Sur le long terme, la question qui peut rester c’est de s’orienter vers un autre poste si les ajustements deviennent trop nombreux ou qu’ils ne conviennent pas. Katharina l’exprime sincèrement :

«S'il y a trop de bricolage dans la vie de tous les jours par tout le monde, je pense que personne ne finira par être heureux».

Les aménagements qui passent le mieux

Nous discutons ensuite de la liste des aménagements possibles, classés en 4 catégories :

1) Environnement sensoriel : bureau seul ou calme, casque antibruit, éclairage adapté, plantes ou éléments apaisants, ...

Dans certaines entreprises on a pas son propre bureau. Donc pas de personnalisation possible. Ça va beaucoup dépendre de où vous êtes et des possibilités.

De son côté, le casque anti-bruit pose en général peu de problème. C’est donc une solution élégante pour favoriser la concentration et réduire les stimuli.

Par contre les plantes peuvent amener des moucherons, une autre personne peut être allergique.

C’est pas toujours simple de contenter tout le monde. Parfois une personne a froid et une autre a chaud. Il n’y a pas toujours de solution parfaite.

2) Organisation du travail : télétravail partiel, horaires décalés pour éviter les heures de pointe, pauses régulières, moins de réunions ou réunions plus courtes

Le télétravail peut très bien convenir pour certains postes de bureau. Il y a toutefois toujours besoin de jours en entreprise pour toute la magie qui se passe autour de la machine à café (rires). 2-3 jours de télétravail peuvent soulager les personnes hautement sensible quand c’est possible.

Les horaires décalés peuvent vite devenir problématiques selon les contraintes, surtout si le travail en équipe est bien présent.

Dans la même logique des pauses supplémentaires peuvent être accordées, mais dans un esprit de justice envers les collègues, elles ne seront pas forcément payées.

3) Communication et relations : préférence pour les échanges écrits, délais de réponse raisonnables, réduction des interruptions
Et 4) Charge cognitive : moins de multitâche, clarté des priorités, espaces de concentration protégés

Aujourd’hui les contacts se font de plus en plus à l’écrit. C’est souvent possible de privilégier ce moyen sur le téléphone si on est moins à l’aise.

Aussi vous n’êtes pas obligé de répondre tout de suite à part si c’est une urgence.

En ce qui concerne le fait d’être interrompu, comme le dit Katharina, le nombre d’interruptions diminue la productivité. Cela tient plus à sa propre organisation. Il n’y a pas forcément besoin de demander.

On peut se mettre en mode «Ne pas déranger» facilement pendant un bloc de 2 heures pour être productif.

Dans la même logique le multitâche est déconseillé. Et si les objectifs ne sont pas clairs, il est essentiel de les clarifier avec ses supérieurs.

Elle ajoute avec humour qu’elle ne postulerait pas aux offres d’emploi qui valorisent le multitâche et la gestion du stress. C’est selon elle le signe d'un environnement chaotique.

Les limites à connaître

Selon la taille de l’entreprise (Start-up, PME, grande entreprise), vos possibilités ne sont pas les mêmes. Une grande entreprise pourra des fois vous offrir plus d'options pour certains aménagements, alors qu'une start-up va être concentrée sur sa survie.

Aussi la structure de l’entreprise peut créer un conflit. Par exemple, dans le privé, les RH peuvent être directement sous la finance et donc prioriser ces valeurs d’avantage sur le bien-être au travail.

Le cahier des charges du poste reste à considérer quelque soient les aménagements demandés.

"Ça reste quelque chose qui est difficilement négociable [...] si ça ne touche pas au cahier des charges, il y a des possibilités" note la jeune spécialiste.

Elle signale aussi avec honnêteté que l’évolution des bureaux en open space va à l’encontre des besoins de nombreuses personnes hautement sensible.

Un message d’espoir

Le monde du travail change avec l’ia et l’arrivée des nouvelles générations Z et alpha.

"Je suis très confiante qu'aussi dans le monde du futur [...] chacun trouvera sa place où il ou elle se sent vraiment bien" 

Ce message rassurant émerge de son vécu.

Merci à Katharina pour avoir pris le temps de partager son expérience avec éloquence.


Et vous ? 

Qu’est-ce qui résonne en vous et avec votre situation ? 

Quels aménagements avez-vous mis ou pensé à mettre en place ?

Vous pouvez écrire ci-dessous votre expérience ou en privé par e-mail.

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