Ressources et pratiques - interviews de personnes sensibles - réflexions personnelles.

Les personnes sensibles ont tendance à développer un fort sentiment de honte. Cela vient probablement de notre vulnérabilité aux jugements et aux critiques. De mon côté, je ne sais pas trop pourquoi mais j’ai souvent senti que je n’en faisais pas assez, que je ne méritais pas mon salaire, que j’étais illégitime, pas assez bien. En conséquence, je me mettais une pression folle pour faire encore plus, alors que j’étais généralement très doué dans ce que j’entreprenais. Cette pression m’aurait sans doute mené au burn-out si je n’étais pas parti voyager. J’avais déjà une forme de dépression qui s’installait et de la fatigue chronique. Ce que je veux dire par là, c’est que les conséquences de la honte et de la culpabilité sur le long terme peuvent être graves si on n’y prête pas attention et qu’on ne les accompagne pas soi-même ou avec un professionnel.
Dans cette même dynamique, je me suis fixé de nombreux objectifs dans ma vie professionnelle et je ne les ai pas toujours atteints. Je trouve intéressant qu’on parle peu de l’échec, car c’est un point qui me semble essentiel. Lorsque je me pose un objectif et que je ne l’atteins pas, il peut y avoir des choses à améliorer de mon côté, mais il y a aussi une part qui est hors de mon contrôle. Par exemple, je souhaite gagner 3000.- par mois en tant qu’indépendant d’ici la fin de l’année. Disons que début janvier, je fais ma comptabilité et je vois que je gagne 1500.- par mois. Objectif loupé ! Ma réponse automatique est la honte, je ne suis pas assez bien, je n’ai pas fait assez. Mais est-ce vrai ?
La première chose à considérer : qu’est-ce qui a été accompli en une année ? Oh je suis passé d’un revenu de 500.- par mois à 1500.- par mois. Est-ce que ça ne devrait pas être célébré ? Peut-être que l’objectif était trop ambitieux ? On passe souvent trop de temps sur la moitié vide du verre. Un autre point : qu’est-ce qui était vraiment sous mon contrôle ? Et qu’est-ce qui ne l’était pas ? Je ne contrôle pas le nombre d’inscriptions, mais je peux prendre du temps à activer mon réseau. Finalement : Qu’est-ce que j’apprends de cette situation pour la prochaine fois ? Et si votre réponse est : je ne suis pas assez bien. Je vous conseille de regarder la situation à nouveau, peut-être avec un regard extérieur.
Les objectifs sont un outil magnifique. Ils nous donnent une direction. Mais combiné à la honte, ils sont aussi dangereux. Vous n’avez pas besoin d’atteindre quoi que ce soit pour être assez bien. Si vous faites votre travail, vous méritez d’être payé. Si vous n’atteignez pas un objectif, ce n’est pas grave. Regardez honnêtement la situation, accompagnez vos émotions et vous aurez appris quelque chose de précieux. Quelle sera votre prochaine direction ?
La honte est réputée pour être une des émotions les plus difficiles à accompagner. En thérapie, elle est protégée par diverses couches de défense. Ce n’est pas toujours évident de naviguer ces eaux, mais ça en vaut la peine. Je crois que la honte est au centre de nombreuses histoires et que sa résolution est un élément clé vers son épanouissement. Toutefois pas besoin de forcer son exposition, elle arrivera à son rythme, comme une fleur fleurit quand c’est le moment.
Ce que je vous conseille concrètement : c’est de non seulement prendre le temps de définir un objectif professionnel clair qui respecte votre sensibilité, vos besoins et vos limites, mais aussi d’avoir un regard doux au moment de son évaluation. Ce n’est pas votre valeur en tant qu’être humain qui est jugée. C’est un simple objectif. Une direction que vous vous êtes fixée pour avancer.
Il y a aussi des objectifs qui font partie du cahier des charges d’un poste ou qui sont évalués avec son employeur. C’est plus délicat, mais je vous invite à la même démarche et à ne pas accepter les éventuelles projections sur votre valeur personnelle. Ces moments sont censés être là pour apprendre. Si malgré tout cela reste difficile, vous pouvez rejoindre un accompagnement pour que l’on discute de votre situation en détail.
Dans tous les cas, je considère que vous êtes fondamentalement un cadeau pour la société, pour la planète et je vous souhaite de le réaliser pleinement.
Chaleureusement
Simon
